Sorcière

L’ancrage : outil essentiel à l’expérimentation

Nous sommes nombreux, dans nos sociétés hyper-connectées et ultra-rapides, à souffrir de problèmes d’ancrage. J’en suis moi-même une spécialiste : si je n’y prête pas attention, je m’envole, emportée par le tourbillon des mille pensées qui me traversent quotidiennement. Je me laisse happer par les écrans et leurs cent suggestions en moins de temps qu’il ne faut pour le dire. Mes émotions me propulsent si haut dans le ciel qu’il me faut souvent des jours pour parvenir à redescendre. Et parfois, par facilité, parce que mes sens trop sensibles m’incommodent, je préfère voler au dessus de mon corps, quitte à payer l’addition plus tard.

Il y a quelques années de cela, l’ancrage n’était pour moi qu’un concept. Je savais bien que j’avais connu ça dans ma vie, je sentais que ça me faisait défaut, mais je n’arrivais pas à saisir de quoi il s’agissait exactement.

Qu’est-ce que l’ancrage ?

L’ancrage, c’est notre capacité à être bien présent dans notre corps, à être connecté au monde physique qui nous entoure, à l’instant T. On utilise de nombreuses métaphores pour parler d’ancrage : « être enraciné », « garder les pieds sur terre » « être bien incarné » … etc. C’est être là, dans la réalité, en phase avec ce qui se passe matériellement dans notre vie, et notre champ d’action dans la matière.

Etre ancré, c’est aussi être connecté au cycle et au rythme de la nature. C’est recommencer à la prendre en considération dans la façon dont on mène sa vie, et accepter qu’on a besoin d’être en phase avec elle pour être en équilibre.

Que se passe-t-il lorsqu’on est « déconnecté » ?

Il ne faut jamais négliger une carence d’ancrage. Ma dernière expérience en la matière m’a définitivement convaincue. Souvenez-vous, c’était il y a deux ans. J’étais la plus heureuse, la vie me donnait tout ce dont j’avais envie. Pourtant je souffrais d’une fatigue terrible. J’étais vidée. Je n’avais même plus la force de sortir de mon lit le matin, chaque geste du quotidien était une bataille. Je n’étais plus capable de suivre une conversation anodine, j’étais atteinte de sensations de vertige, j’avais beau dormir et me reposer, rien n’y faisait !

A l’époque, je sortais de 6 ans de vie en ville durant lesquelles j’avais vécu comme le parfait prototype de la personne déconnectée : je mangeais n’importe quand et n’importe quoi, je subissais des horaires décalées, je passais ma vie sur les écrans, n’avais aucun moment de pause dans mes journées, ne me préoccupais pas de mon corps qui me faisait souffrir de tous les côtés, et passais tout mon temps à réfléchir à TOUTES les idées qui m’assaillaient sans cesse.

Attention, je ne dis pas que vivre en ville est forcément synonyme de manque d’ancrage. Ca l’a été pour moi cependant, car j’ai vécu ces années avec pour seule conscience de la nature les écarts de température et quelques week-ends « retour aux sources » … Je n’écoutais rien. Je n’avais rien à quoi me raccrocher. Je ne touchais jamais terre.

Je suis restée vide de toute énergie pendant six mois. Les six mois suivants, j’ai doucement remonté la pente en faisant attention à tout ce que je faisais. Cette expérience fut éprouvante. C’est difficile de se sentir si mal physiquement alors que l’âme, elle, virevolte. Je ne comprenais qu’on puisse être épuisé tout en étant heureux ! Ca n’avait pas de sens …

Etre branché sur la prise Terre

J’ai donc recommencé à me préoccuper de choses simples et basiques, terre à terre. Les repas et les phases de sommeil, pour commencer. Puis j’ai instauré de nouvelles habitudes dans ma vie : une promenade par jour, quelques exercices que me réclamaient mon corps. Je ne me rendais pas compte à ce moment-là que ces actes amélioraient mon ancrage.

Il est tentant, lorsqu’on est en recherche de spiritualité, de négliger les aspects triviaux de nos vies. On aimerait être libéré des contraintes du corps, on pense à tort qu’ils nous entravent. Quelques exemples de maîtres spirituels largement médiatisés nous y incitent : mais combien de Saints ayant atteint la Paix ne mangent plus ? Pensez-vous qu’ils ont vraiment cessé de se nourrir ? C’est une grosse erreur. Sachez qu’on ne peut pas évoluer sur le plan spirituel – ni même évoluer tout court – si on est mal branché.

L’ancrage nous apporte la stabilité physique et émotionnelle. La tempête secoue les branches mais m’ébranle pas l’arbre. Il nous apporte la confiance en soi, et en les éléments qui nous entourent. Lorsque vos repères disparaissent, que la crise d’angoisse se rapproche, prenez quelques instants pour sentir à quel point la Terre vous porte et vous soutient, et à quel point cela est immuable. Couchez-vous sur le sol, relâchez-vous. La Terre vous porte. La Terre boit vos larmes. La Terre vous décharge et vous recharge. Elle continue de vous nourrir, à chaque instant.

Muladhara : le Chakra racine

Muladhara (en sanskrit : racine – fondation) est le premier des 7 Chakras du Tantrisme hindou. Situé au niveau du plancher pelvien – entre le sexe et l’anus – il nous permet de rester en contact avec la Terre et nous offre notre solidité. En tant que Premier Chakra, son importance est primordiale : il est notre base. Notre vitalité et notre énergie (la Kundalini en lien avec la sexualité, dont nous parlions aussi ici) partent de lui pour ensuite s’élever et animer les autres Chakras.

Le Chakra est un centre énergétique. Muladhara est le plus puissant, et le plus élémentaire. C’est lui qui nous ancre, qui nous garde en lien avec le monde matériel et nous permet d’être présent dans notre incarnation. S’il n’est pas à équilibre (trop ouvert ou fermé), cela se traduit par une foule de désagréments.

Lorsqu’on manque d’ancrage, Muladhara est fermé ou en déséquilibre. Il est bon de s’en préoccuper. Pour le soigner, on peut tout simplement pratiquer la méditation et/ou la visualisation. On ne le dira jamais assez, mais ces exercices simples sont ce qu’on peut appeler « les bases de la magie ». Imaginez simplement une petite roue crantée au centre de votre plancher pelvien. Imaginez-la rouge, et faites-la tourner dans le sens des aiguilles d’une montre. Imaginez-la se dérouiller, se déverrouiller.

Cet exercice simple, effectué avec sérieux et rigueur, peut suffire à prendre conscience de cette partie de notre corps et de sa liaison naturelle avec le sol, de son inclination à la stabilité. Pour tout vous dire, je n’y croyais pas trop avant de tenter l’expérience. J’ai appuyé ma pratique avec l’utilisation de la Cornaline, pierre d’ancrage – associée à Muladhara – par excellence. J’ai constaté des résultats.

L’ancrage énergétique

Il y a quelques mois, je suis tombée sur cette vidéo, qui n’a pas manqué de me questionner quand aux réelles échanges de matière entre notre corps et le reste du monde. On y apprend que nos semelles en plastique nous isolent du sol, et que cette coupure ininterrompue entre le corps et la Terre est cause de nombreuses douleurs. Des chercheurs ont donc reconnecté des patients à la Terre via des fils conducteurs … Les résultats sont assez inédits.

La Terre est un immense réservoir d’ions négatifs. Lorsque nous ne sommes pas branchés, les cellules de notre corps sont incapables d’équilibrer la charge positive, résultant des radicaux libres qui sont déficients en électrons. L’excès de cette charge positive se constate facilement, par la façon dont les globules rouges s’agglutinent les uns aux autres dans notre sang. Ce manque de connexion peut apporter de graves dysfonctions organiques, notamment des inflammations – sous multiples formes – récurrentes.

Voilà pourquoi on se sent tellement bien lorsqu’on marche pieds-nus après une longue « pénurie » de terre. On se décharge littéralement d’un trop-plein, et on rétablit l’équilibre.

En yoga, ce principe est largement utilisé. Nous imaginons que par nos pieds bien ancrés au sol, nous nous déchargeons des énergies qui nous déplaisent à l’expiration, et nous nourrissons d’une énergie nouvelle à l’inspiration. Cet exercice encore une fois très simple me fait toujours un bien phénoménal ! C’est quelque chose que je pratique désormais au quotidien dans toutes les situations, notamment les plus énergivores et déstabilisantes. Cela modifie complètement mon expérience de vie.

Cette façon de s’ancrer énergétiquement est la base de toute pratique spirituelle ou ésotérique. Que ce soit lorsqu’on médite, lorsqu’on tire les cartes, lorsqu’on cuisine, ou lorsqu’on effectue un rituel, il est important de s’ancrer. Cela nous évite de nous laisser distraire, nous permet de nous concentrer, d’avoir confiance, de ne jamais être trop éloigné de Soi. Cela nous protège de nos jugements erronés, de nos peurs infondées. Cela nous évite d’être déstabilisé et nous permet d’expérimenter en toute quiétude. On n’est jamais perdu. On est là.

Quelques pratiques pour rester ancré au quotidien :

  • Chanter, danser, ou pratiquer un sport quel qu’il soit
  • Cuisiner des aliments « bruts » et éviter de manger des plats préparés
  • Se promener, prendre l’air, se concentrer sur ses pas
  • Garder les pieds bien au sol au bureau
  • Prendre conscience de sa respiration
  • Se coucher au sol en se relâchant complètement
  • Marcher pieds-nus : à faire lorsqu’on se sent vraiment électrique !

Quels bienfaits sur long terme ?

  • Apaisement du mental : les pensées ne se bousculent plus au portillon
  • Sensation de stabilité et de solidité dans son corps
  • Calme émotionnel : on arrive à prendre du recul, on est moins à vif
  • Confiance en soi et en les autres : moins de stress, de panique, de peurs …
  • Liberté d’action : on se sent capable d’expérimenter, on se sait soutenu
  • A vous de compléter dans les commentaires … !

L’ancrage est la base de toute expérience de Vie. Et vous, avez-vous des problèmes d’ancrage ? Comment y remédiez-vous ? Quelles différences ressentez-vous ?

Rosa

15 commentaires

  • Enirtourenef

    Sans avoir mis dessus un problème d’ancrage, ça fait des années que je me dis que l’on marche sur du béton, que l’on s’isole de la terre, qu’on ne la touche plus (et qu’on dit même aux enfants, maintenant j’y songe, qu’elle est sale). Alors de temps en temps, quand je peux, genre dans les parcs, au lieu de bien marcher sur le sentier, je marche à côté, sur la terre. Bon, j’ai toujours mes chaussures (en cette saison en plus…) mais rien que sentir la terre s’enfoncer sous ses pas c’est absolument cool !

    Hier j’ai eu aïkido, ça faisait un moment que je n’y étais pas allée. Et comme avant j’étais avec une amie et qu’elle y va plus tôt pour avoir un mini « cours » avant pour la préparer (elle a des problèmes avec le contact physique (ce qui est légèrement problématique avec l’aïkido, n’est-il pas)) j’y suis allée avec elle. Et notre prof nous a expliqué les bases de l’exercice de concentration qu’on fait au début de chaque séance : couper avec la journée (à la base c’est pour les débutants, normalement on se met déjà dans le mouv’ quand on quitte le bureau !) et s’ancrer, justement, sentir le contact avec le tatami (donc le sol). Et comme j’ai commencé à lire ton article hier dans la journée et que je ne le continue qu’aujourd’hui, ça m’a fait penser à ça. Et c’est dingue comme ça fait un bien fou… surtout que moi je suis du genre à avoir un petit vélo dans la tête qui tourne, qui tourne, qui tourne… alors quand je me réveille la nuit pour aller aux toilettes, j’ai un mal fou à me rendormir… Je pense que du coup, cette exercice qu’on fait en début de séance à l’aïkido, je devrais le faire un peu tous les jours. Mon amie est actuellement en formation de sophrologue, donc je lui sers de cobaye, et c’est super aussi (j’en parlerais dans un article, je pense). Sinon, il y a une exercice qui marche bien pour moi : c’est d’imaginer que des racines sortent de ses pieds et vont dans le sol comme si j’étais un arbre.

    • Rosa Vivante

      Dire aux enfants que la terre est sale ? 0_0
      Bon j’avoue, j’ai entendu des tonnes de mères dire ça à leurs enfants. A chaque fois, ça me laisse sur le cul, pour parler poliment. Ma mère a bien dû me le dire à moi aussi, quand j’étais petite … C’est dingue.

      Oui, rien que de pouvoir sentir la terre sous ses semelles plutôt que du béton, c’est la panacée. C’est pour ça que je marche toujours en chaussettes, chez moi. En ballerines quand il fait vraiment trop froid car leurs semelles sont fines et souples, elles me permettent de tout sentir et j’en ai besoin.

      Je connais ce petit vélo, Melgane ! Il tourne aussi dans la mienne, mais de moins en moins en « roue libre » grâce au yoga, à tous ces moments méditatifs dont l’ancrage fait partie.
      Je fais cet exercice tous les jours, soit au moment du yoga, soit lors de ma promenade. Ca change tout : on se sent exister. Et on sent que la Terre nous porte. Je ne sais pas pourquoi, je suis une personne très sereine de base, mais de pouvoir sentir factuellement que la Terre me porte, ça me rassure infiniment. J’adore la sentir.

      Les racines qui sortent des pieds, c’est un exercice beaucoup recommandé. Je me souviens qu’adolescente, ça marchait super sur moi aussi. Etrangement, plus aujourd’hui .. J’ai dû trouver d’autres moyens.

      • Enirtourenef

        Ouais ! Alors que moi, mes parents, ils me laissaient mettre mon pouce à la bouche après avoir joué dans le bac à sable ! x’)

        Moi je ne suis pas du tout une fille sereine ! Je suis une stressée de la vie, râleuse et un peu volcanique sur les bords ! x)

  • Sophie S.

    Merci pour ce bel article <3
    C'est si important de se rappeler que parfois, nos soucis et notre déprime peuvent s'envoler si on prend le temps de se recentrer, de mettre les mains dans la terre, de sortir en forêt…
    Ancrage, bain de forêt, yoga, tant de choses si liées les unes aux autres !

    • Rosa Vivante

      Tout à fait, Sophie ! Tant de choses liées … Qui nous mènent vers la même voie !

      Une ballade en forêt, c’est un véritable antidépresseur. La médecine le redécouvre. Etre ancré, c’est indispensable pour vivre.

  • Marie Kléber

    Ah l’ancrage! C’est ce qui me fait souvent défaut.
    Alors j’apprends. Car quand je prends le temps, de m’ancrer par la méditation, la marche, le silence, le yoga, je me retrouve, je me vois, je me sens et ces sensations là me permettent de me recentrer, d’aller de l’avant.
    Sinon je dérive, je perds pied, je pars et mon esprit, que je ne contrôle plus, divague…
    Merci pour ce texte Rosa et ces précieux conseils.

    • Rosa Vivante

      « … je me vois … » => C’est exactement ça !

      Moi aussi, ça me fait défaut, Marie. J’apprends chaque jour à « revenir ». Et pourquoi pas « rester ». Les bénéfices sont larges et rendent la vie exceptionnellement meilleure. Alors je continue, et ce d’autant plus dans l’instauration de mes pratiques ésotériques.

      C’est primordial !

  • Marianne

    Pour ne pas changer, un très bel article ! 🙂
    J’ai beaucoup de mal à déterminer si je suis bien ancrée, de manière générale, ou pas. En tout cas, je pratique quelques-unes de ces petites choses que tu préconises, et c’est vrai que ce sont de parfaits moyens de se sentir là, et connecté à quelque chose, à ce qui nous entoure, et à soi.
    Dès que la météo et la situation le permet, je passe mon temps pieds nus (surtout à la maison et en vacances, pendant les beaux jours, donc – malheureusement, mes pieds c’est mon thermostat, alors si j’ai froid aux pieds j’ai froid partout, donc en hiver c’est exclu…). Je ne me sens jamais aussi bien que pendant ces périodes où je me balade partout pieds nus. Sentir la fraîcheur de l’herbe, la chaleur du sable, les différentes textures et températures, c’est tellement magique… Ah, j’ai hâte que les beaux jours reviennent, maintenant ! ^^ (oui je sais, je suis hors-sujet… :P)

    • Rosa Vivante

      Merci Marianne, pour tes compliments !

      Je fais pareil ! Je suis toujours pieds nus ou en chaussettes. Dès que je le peux, je bannis les chaussures. J’accueille toujours les gens pieds-nus chez moi, si bien que mon plombier a fini par me dire que la prochaine fois, il m’offrirait des chaussures ^^.

      Pour l’hiver, j’ai découvert un truc qui a changé ma vie : un genre de grosses chaussettes fourrées avec des petits crampons pour ne pas glisser. On m’en a offert deux paires pour Noël, c’est MA-GIQUE. Plus froid du tout (je suis une hyper frileuse des pieds), et je re-sens le contact du sol, son aspect, tout ça … Je déteste les pantoufles ^^.
      EN plus, ça passe au lavage, c’est Zéro-Déchet, j’adore. Je te recommande !

      Moi aussi, j’ai hâte ! Mais ça y est, ici, le printemps est vraiment à nos portes. Bientôt, mes pieds marcheront dans l’herbe !

  • Sifhel

    C’est tout à fait vrai. Lorsque je décroche un peu, je sens rapidement un manque ou un léger malaise. J’ai vraiment besoin du contact régulier avec la terre pour être équilibrée. Sur cet article tu poses un mots sur un concept dont j’ignorais le nom.

  • Pêche & Églantine

    Je dois avouer que si je ne fais pas attention j’ai vite tendance à oublier de m’ancrer et laisser la vie et tous mes projets m’emporter dans un tourbillon bien loin de la terre…
    Mais j’ai tout de même réussi à m’être en place des petits moments de reconnexion, notamment avec mes séances de yoga matinales et mes déjeuners que j’aime prendre seule au soleil sans personne ni écran. Ceux sont toujours des instants privilégiés dont je ressors apaisée !

    • Rosa Vivante

      Je suis comme toi ! Ce n’est pas toujours facile à gérer.

      De la même façon, le yoga m’aide. La cuisine aussi, ces derniers temps !

      J’ai malheureusement tendance à toujours manger devant un écran. C’est une très mauvaise habitude que j’ai prise … Ton mot me fait en prendre conscience.

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