Au quotidien

Ecriture automatique – 2.

Ma petite chatte a disparu. Cela fera bientôt 24h. Ce n’est pas la première fois qu’elle ne rentre pas le soir, mais hier, j’ai tout de suite senti que c’était anormal. Je ne sais pas … Je ne suis pas sereine. Elle me manque déjà. Je pense qu’elle reviendra. Mais je ne sais pas quand, ni dans quel état. Et si je me trompe ?

Mon chien s’adapte à moi. Il est calme, donc. Quand mon mari est là, il est toujours surexcité. Avec moi, c’est un lac paisible. Peut-être s’ennuie-t-il ?

Je me sens angoissée, intimidée par ce calme. Je l’ai réclamé pourtant, je le savais salutaire et nécessaire. Quelque chose ne va pas. Quoi ? Hier, j’ai bien préparé ma retraite de 48h. J’ai fait le ménage, tout le ménage. J’ai préparé à l’avance mes repas. Pour bien prendre garde à ne pas saisir l’opportunité d’une « obligation » pour échapper à mon introspection. Je sens que je me fuis. Je me cache sans doute quelque chose.

J’ai peur.

Quand mon mari est parti, quand je l’ai regardé ouvrir le portail, sortir la voiture, fermer le portail, puis que j’ai vu filer le véhicule au loin, j’ai été prise de peine. Les larmes me sont montées. J’étais soulagée pourtant d’être enfin seule. Mais pas comme d’habitude. Dans mon ventre se tramait une histoire. Ca bourdonnait dans tous les sens.

J’ai décidé d’entamer cette retraite à domicile par le chant. J’ai pris mon micro, lancé les pistes qui m’intéressaient – à savoir celles de la comédie musicale Chicago – et je me suis défoulée comme une petite folle. Il n’y a pas à dire, j’ai pu être meneuse de revue. Certainement pas l’une des meilleures, mais au moins me serai-je éclatée !

Le yoga, ensuite. Une heure trente. Il m’a rarement fait autant de bien. Dénoué la nuque, les épaules, le bas du dos. Lissé les muscles des jambes, des bras. Tordre les entrailles. Je ronronnais comme une chatte, me délassant sur le tapis au son de la voix d’Ariane.

J’ai joué l’une des seules chansons que je connaisse au piano. J’ai pleuré, pleuré. Car les paroles revêtaient un nouveau sens, encore un. Pour la première fois, j’ai réussi à chanter en pleurant. A dire ce que j’avais à dire sans laisser ma voix s’étouffer ni se noyer dans les larmes. J’ai improvisé, un temps assez long. Une idée m’est venue. Je l’asticote depuis.

Enfin, j’ai lu jusqu’à une heure du matin.

Aujourd’hui, je suis donc prise à mon propre piège. Je n’ai rien à faire, tout est fait autour de moi. Les heures qui m’entourent ne peuvent être qu’employées à me parcourir. A oser ressentir ce genre d’angoisse qui me prend pas surprise ces derniers temps. C’est la première fois que je vis ce sentiment sourd. Jusque là, je n’avais jamais compris.

Je pense à Cécile. Je me regarde en face et je me demande : Qu’est-ce qu’il y a de plus profond ?

Impossible de le dire, seule l’eau vient me répondre. Hier soir, devant mon piano, je n’étais pas seule. Je les sentais autour de moi. C’était effrayant mais quelque part satisfaisant, car par mon chant, je les invoquais. C’est à eux que la chanson posait les questions, à eux que je décrivais le passé. Le mien, le leur ? Le NOTRE ?

Je repousse sans cesse notre rendez-vous. Maintenant que toutes les conditions sont réunies, que c’est ce soir que j’y passe, j’ai comme l’envie furieuse de freiner des quatre fers. Je veux que vous me disiez mais je ne veux pas savoir. Voilà, la vérité.

L’ambivalence. Celle qui précède toutes les phases cruciales de la vie. Les découvertes.

J’ai acheté une revue traitant des rites funéraires à travers le monde. Par hasard, je suis tombée sur un compte Instagram qui traite également ce sujet. J’ai visionné les dizaines de photos de corps morts, de ce que les vivants en font. J’ai demandé à ma mère des précisions sur le décès d’un proche de mon père, survenu avant ma naissance et avec lequel je n’ai aucun lien. Cette histoire me taraude beaucoup. J’y pense. Je me demande ce qu’elle a à me dire. Pourquoi je me sens si concernée ? Pourquoi ai-je l’impression que je peux apporter une réponse ? Réponse que de toute évidence, je ne porte pas en mon sein.

L’artiste qui sommeille en moi se réveille, se révèle. Elle prend de plus en plus de place. J’ai toujours ressenti cette dualité : suivre une voie conventionnelle ET me laisser porter par le souffle qui gronde. Maintenant que j’ai coché assez de cases conventionnelles, je me sens libre de prendre des chemins de traverses. Je me sens libre de répondre à l’autre appel. Pas plus sincère que le premier, d’ailleurs. L’appel de l’amour durable, du mariage, de la propriété, du travail stable, du chien et du chat étaient on ne peut plus vrais. Simplement, au début, je pensais avoir fait un choix qui rayait forcément le second de la carte. Comme si j’étais obligée de renier l’une de mes parties.

Le silence me parle, je n’ose pas l’écouter. Tendre l’oreille. Je veux dire tendre l’oreille. Je commence à ressentir les énergies des choses que je touche. En particulier les légumes, que je sens carrément vibrer sous ma peau quand je les prépare. Ils VIVENT. Les plantes aussi. Je me suis mise à sentir les personnalités de celles de mon intérieur. Leurs souffrances, que je me suis donné un mal de chien à régler. J’ai investis dans des pots d’envergure, utilisé mon premier compost pour les nourrir, l’ai noyé sous de la vraie terre.

Il y avait cette composition végétale, qu’on m’a offerte à Noël. Un sapin en plastique accolé à une plante grasse. J’ai offert à la plante grasse un nouveau domicile, et je me suis rendue compte, avec stupéfaction, que le mini-sapin était un vrai. Seulement, il était si empêtré dans la visqueuse – et dorénavant sèche – fausse neige, qu’il ne pouvait pas bouger, pas respirer. J’ai pensé aux bébés tortues que les nippons emprisonnent dans des portes-clé en plastique mou. Ca m’a fait le même effet.

Quel.le fleuriste digne de ce nom peut traiter une plante de cette façon ? Je me suis lancée, furieuse, dans l’opération de sauvetage. Vingt minutes plus tard, débarrassé du blanc, l’arbuste me remerciait en exhalant ses parfums forestiers. Depuis, il embaume mon salon.

Les plantes de mon salon deviennent immenses. Heureusement, plus aucune ne souffre. La pièce a carrément changé de fréquence. Est-ce là aussi un effet de mon imagination ? Les lieux aussi, je les sens maintenant. J’ai failli exploser au Palais. Je n’avais jamais ressenti une chose pareille. Une telle force d’élan. J’aurais pu toucher chaque pierre de chaque paroi toute la nuit, si ça m’avait été permis.

Parfois je pense que je deviens folle. Ou que la force de mon imagination m’enferme dans un monde qui n’est pas celui du commun des mortels. Comment juger ce qui est réel de ce qui ne l’est pas ? Ce qui vient de moi et ce qui n’en vient pas ? Ces pensées souvent m’effraient. Puis j’en viens toujours à la même conclusion qui est que j’aime ce monde tel que je le vois et le ressens. Ce n’est pas donné à tout le monde. Pourquoi m’en départir ? Je me fous de me berner (ce n’est pas totalement vrai, ça l’est dans la réthorique). Nous nous bernons tous, ce serait idiot de croire le contraire.

5 commentaires

  • MarieDesAlpes

    Moi je trouve ça plutôt bien ce que tu as fait pour tes plantes ! Ressentir leurs vibrations c’est une chance que je t’envie Rosa ! On dirait bien que tu as commencé ta transformation. N’oublie pas de rester bien ancrée et tout se passera bien ma belle ! Merci d’avoir partagé une fois encore ton expérience.

    • Rosa Vivante

      Je fais beaucoup pour rester ancrée. J’ai l’impression que ça porte ses fruits.

      Je suis contente de ressentir ça, même si c’est déroutant. Je n’ose pas trop en parler. Je le dis à mon amoureux, qui se moque pour m’embêter, mais je sens bien qu’il est curieux, et qu’il ne comprend que trop bien !

      Selon sa théorie, je suis un « ange ». Alors c’est une blague entre nous, évidemment ! Une blague qui, je m’en rends compte, à un fond de véracité pour lui. Il m’idéalise quelque peu … ! 😉

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