Au quotidien

« Je voulais qu’on entende que vomir, pour moi, c’était grave. »

Ce lundi soir, je suis fatiguée. Ces derniers temps, je fais des rêves qui en disent long.

Cette nuit, j’ai rêvé que j’annonçais à mon meilleur ami que j’étais enceinte. Il me félicitait, il pensait que je le lui annonçais comme une bonne nouvelle. Or, je le lui annonçais juste pour … Le lui annoncer. Pour en discuter avec un ami. Parce que je ne savais pas quoi faire, et que cette situation inattendue ne me rendait ni heureuse, ni malheureuse. Elle m’embarrassait, me rendait perplexe. Dans mon rêve, je me demandais comment j’allais faire pour me débarrasser de cette grossesse maintenant qu’elle avait été annoncée et prise comme une bonne nouvelle. Dans la réalité, je ne veux pas d’enfant, (il me semble) contre l’avis de mon entourage.

La nuit d’avant, j’ai rêvé que mes parents avaient vendu les anciennes écuries de leur maison à trois couples d’inconnus. Ils les restauraient pour en faire de magnifiques lieux de vie. Et moi, je découvrais ça un jour où je rendais visite à ma famille. Ils avaient omis de me le dire.

J’arrivais sur place, je comprenais et je décidais d’aller frapper à la porte d’un des couples pour qu’il me fasse découvrir la transformation de MA maison. J’avais la gorge nouée tout le long, je me retenais de pleurer devant ces inconnus, tentais de faire bonne figure, mais n’y parvenais pas.

Ils avaient sublimé les lieux, fais les transformations que je fantasmais depuis les débuts de mon adolescence. C’était magnifique. Dans ce rêve, je me sentais totalement dépossédée. Dans la réalité, mon père m’a proposé de m’installer dans ces écuries. Il m’aurait cédé les murs et le terrain gratuitement, je n’aurais plus eu qu’à engager les travaux. J’ai refusé et suis partie vivre à plus de 300 km de lui.

L’avant-veille, j’ai rêvé du mariage de mon cousin. Arrivait un moment, où je lui demandais si sa femme était au courant pour « nous ». Pendant notre adolescence, nous avions eu une liaison incluant des rapports sexuels. En me réveillant, je ne savais plus si c’était vrai. Dans la réalité, mon cousin se marie dans quatre mois et nous avons effectivement entretenu un lien fusionnel, mais jamais amoureux ni sexuel. Par contre, l’inceste (non consenti) a eu lieu entre deux de nos cousins communs.

Je me demande ce dont je vais rêver cette nuit …. ! Mes investigations psychogénéalogiques commencent leur travail. Ce sont de bonnes grosses claques.

Tout à l’heure, je grognotais devant la dernière vidéo de Mardi Noir, sur la psychanalyse. C’était pour passer le temps, j’écoutais d’une oreille distraite. Jusqu’à ce qu’elle parle de sa phobie (émétophobie : peur de vomir) et qu’elle explique qu’elle ne voulait pas en guérir car en guérir, cela signifiait que dans le futur elle allait cotoyer normalement l’objet de sa peur.

Puis elle à dit : « Je ne voulais pas guérir, […] je voulais qu’on entende que vomir, pour moi, c’était grave. » Un électrochoc. Je suis hématophobe (peur du sang, grande crainte des milieux hospitaliers, médecine). Je veux qu’on entende que saigner, pour moi, c’est grave.

Le fait de l’écrire comme ça, c’est un grand soulagement. Oui, c’est ça. JE VEUX QU’ON ENTENDE QUE SAIGNER, POUR MOI, C’EST GRAVE. Pour vous aussi sans doute, c’est logique. On s’accorde à dire qu’il y a quelque chose qui cloche lorsqu’on saigne (hors menstrues). Je ne saurais pas vous expliquer la différence entre vous et moi, mais il y en a une et cette phrase, toute simple, me libère. Elle m’ouvre la cage thoracique. D’instinct, je l’ai transposée sur une autre situation de mon quotidien.

JE VEUX QU’ON ENTENDE QU’AVOIR UN ENFANT, POUR MOI, C’EST GRAVE. C’est très grave. Dans ma tête, avoir un enfant signerait mon arrêt de mort. Je me sens en danger, vraiment en danger, quand cette hypothèse que je pourrais avoir un enfant apparaît. Je ne veux pas qu’on me libère de ça, je veux continuer de me sentir en danger face à cette situation pour être sûre de ne jamais y être confrontée, de ne jamais la vivre.

Est-ce qu’on peut dire que je suis phobique ? Peut-être pas, mais on peut dire que mon rapport à la maternité est … Excessif. Quel est le bon mot ? Un instinct à l’intérieur de moi me protège de cette éventualité, il est vraiment plus fort que tout. Est-il pour autant « normal » ?

Dans d’autres circonstances, pourrais-je être une femme mère ? Impossible de me le représenter tant cette certitude que c’est un grave danger ET un lourd fardeau est prégnant en moi depuis toujours.

Il va vraiment falloir que je vous raconte ma famille et que j’ose aller au fond de cette histoire. Si vous saviez comme je n’ai pas envie de me rendre compte que cette caractéristique ne m’appartient en fait pas. Si vous saviez comme ça m’effraie, l’idée d’avoir envie d’un enfant un jour. Comment vais-je savoir qui je suis, si j’apprends que ce pilier de mon existence n’est pas à moi ?

Ce sujet-là, celui de la maternité, est le seul pour lequel je n’ai pas envie d’être honnête et transparente avec vous. Je n’ai pas envie de vous raconter mes doutes. Pas mes doutes sur mon avenir avec ou sans enfants, mais mes doutes sur la légitimité de ma non-envie. C’est à dire que je ne ressens toujours aucunement cette envie, que cette idée me rebute toujours autant mais que je suis entrain de me rendre compte que c’est un héritage que je porte. Je ne sais pas si c’est AUSSI MOI ou si c’est PAR DESSUS MOI. Si jamais c’était par dessus, y a-t-il un mois qui veut être mère, tout au fond ?

Je n’ai pas envie d’être transparente aussi parce que je ne veux pas lire ou entendre des « Il faut que tu guérisses de ça, tu vas voir, les enfants feront partie de ta vie », des « tu as vraiment un problème avec ça et tu dois le soigner », ou d’autres phrases de ce style … Je n’ai pas envie de donner l’impression que je change de position, de donner de faux-espoirs, de laisser aux autres la possibilité de me retourner et de penser que si on ne veut pas d’enfant, c’est forcément qu’on a un problème. Ca m’agace tellement !

Pourtant oui, j’ai un problème avec ça. Ma tête fait une fixation dessus, mon corps le somatise. Ca ne va pas en s’arrangeant, car je m’approche inéluctablement de l’âge de non retour. Il y a ce truc de déception chez les autres que je vois, qui me bouffe. Mon père, mon père, encore mon père et sa famille. Contre ma famille maternelle. Quel combat dans mon être. J’appartiens à la seconde, mais j’aimerais honorer la première. Pour l’instant, je suis dans l’âge où je devrais passer à l’acte et c’est juste intenable.

Intenable.

30 commentaires

  • Sifhel

    Ha j’espère que tu arriveras à apaiser tout cela. Il n’y aucun mal à ne pas souhaiter être mère, surtout à notre période. Au contraire, je pense que choisir de faire un enfant ne doit pas être fait à cause de la pression et de notre image dans la société. Il y en a tellement qui souffrent…
    J’ai longtemps été sur un non catégorique, jusqu’à ce que je rencontre mon compagnon. Actuellement j’en veux, mais avec lui uniquement. C’est à dire que si notre relation s’arrêtait avant les enfants, je ne souhaiterais plus en avoir.Je n’ai jamais ressentis cela avec mes anciens compagnons. Je sais qu’il sera un père merveilleux en toutes circonstances et qu’ils seront protégés et aimés. Néanmoins, l’étape de la fin de grossesse me terrifie et j’ai tendance à aimer les enfants à partir l’âge de 2/3 ans (quand ils parlent et sont de plus en plus curieux), ce qui soulève encore quelques questions avant la décision irréversible.

    • Rosa Vivante

      C’est un superbe sentiment que tu décris-là. C’est même assez fou !

      C’est l’accouchement en tant que tel qui te terrifie ? Comme tu ne l’as pas nommé, je me demande si c’est bien ce dont tu parles. Pour ma part, je ne suis pas effrayée par un éventuel accouchement. Pour le coup, j’ai vraiment confiance en mon corps, malgré mes hanches étroites que je prends pour un signe !

      Je comprends que tu sois plus attirée par les enfants que les bébés. Les raaaaaares fois où j’ai imaginé avoir un enfant à charge, je l’ai toujours pensé à 3 ans minimum, souvent plus.
      Pourtant, les bébés sont déjà très intéressants, ils interagissent à tout, ressentent toute la palette des sentiments, trouvent des moyens pour exprimer tout ça.
      Ce qui m’en éloigne, c’est plus le côté « dépendant de moi à 100% ». Ca me fout la frousse !

  • Elisa

    En te lisant, je me dis que ça serait quand même bien pour toi d’aller au fond des choses. Pas pour te faire changer d’avis (il n’y a pour moi pas de problème à ne pas vouloir ou à vouloir un enfant) mais pour que ce sujet (qui revient assez souvent) arrête de te hanter.

    • Rosa Vivante

      Oui, tu as raison Elisa. C’est ce que j’entame. Du coup, ça a semé un vent de panique au début … Ca s’est tassé !

      Ca revient sans cesse en effet, et ce n’est pas pour rien. J’en découvre un peu plus tous les jours !

  • Ella

    Pour moi aussi, avoir un enfant, ça serait grave. Depuis mon adolescence, je rejette violemment l’idée. En ce moment, je me calme, j’essaie de comprendre. Mais il y a des fois où, en panique, j’attrape un papier et j’y écris mes craintes : crainte de devenir folle, crainte de tuer un enfant, crainte de devenir une mère et de ne plus être rien d’autre qu’une mère. Moi qui ai déjà du mal à accepter d’être une femme. L’autre crainte, c’est de désirer un enfant malgré ces mises en garde (« je vais devenir folle », « je ferai du mal », etc). Je l’ai déjà dit, j’ai hâte de te suivre dans cette démarche de psychogénéalogie. Trouver la source et comprendre.

    • Rosa Vivante

      C’est dingue, j’ai exactement les mêmes peurs. Devenir folle et ne plus être rien d’autre qu’une mère. Et évidemment de devenir mère malgré tout. C’est pour ça que je dis que je veux garder mes peurs : elles me gardent de devenir mère, ce sont mes gardes-fou contre ce GRAND danger.

      J’ai déjà dit à mon mari que si je mettais un enfant au monde (si je fais un déni de grossesse, si je n’ai pas pu avorter, s’il le veut et que je n’ai pas pu le donner à l’adoption : j’ai pensé à tout, je connais toutes les démarches), je le lui laisserai et je partirai très loin, sans avoir plus aucun contact avec lui, nos familles, nos amis. Je disparaitrais.

      Quand je m’entends dire et penser ça avec tout le sérieux du monde, je me dis que je suis déjà folle. C’est tellement TROP.Quand j’étais adolescente, je gardais mon portable dans la poche de mon jean, le plus près possible de mes ovaires, en espérant devenir stérile !
      Qu’est-ce qui me pousse à ça ? Ne pas vouloir d’enfant, OK, mais avoir ce genre d’actes, c’est quand-même extrême. J’essaie de comprendre. Trouver la source, et comprendre, comme tu dis.

  • Melgane

    Sur la peur du sang, je me demande depuis quelques temps si ce n’est pas un avatar de la peur de la mort. D’ailleurs, quand on regarde la liste des peurs sur Wikipédia, beaucoup d’entre elles peuvent être reliées à la peur de la mort. La peur de rester immobile, de traverser un pont, la peur du noir, la claustrophobie (par rapport au cercueil)… et je pense que la peur du sang c’est la peur de la mort, puisqu’il est bien connu que quand on saigne on risque de se vider de son sang et donc de mourir. Moi j’entretiens un rapport un peu… ambivalent au sang, c’est assez étrange… peut-être que je finirais par en parler dans un article… ou par consulter un psy ! (mais faut des thunes pour ça !)

    Je pense que, même si c’est issu d’un héritage, c’est toi. Après tout nous sommes aussi la somme du reste. Je veux dire… on ne pousse pas de nulle part comme des champignons, mais pourtant nous avons aussi notre libre-arbitre et notre caractère. Tiens, par exemple, les fratries. Ma soeur et moi sommes issues des mêmes parents, et pourtant nous avons beaucoup beaucoup beaucoup de différences ! Que ce soit dans nos goûts ou dans nos caractères. C’est comme… mon prof de socio avait commencé à nous parler de neurologie, puis il s’était interrompu et avait dit quelque chose comme « bon, je vous en parle même si en général j’aime pas la neurologie parce que j’aime pas l’idée qu’on soit juste un cerveau ». Mais nous ne sommes pas juste un cerveau : nous sommes AUSSI un cerveau, et nous sommes AUSSI issus d’un apprentissage acquis de la société et de la culture et nous sommes AUSSI de l’ADN et nous sommes AUSSI une construction issue de notre vécu. Nous sommes tout, et c’est pour ça que nous sommes complexes.

    • Rosa Vivante

      Il y a clairement une appréhension de la mort derrière la phobie du sang. Enfin, c’est plus insidieux que ça. Pour ma part, c’est surtout une peur de souffrir, de ne pas avoir une bonne santé. Mourir ne me fait pas peur, je suis très tranquille face à la mort. Par contre, mourir dans la violence (en me vidant de mon sang) serait la pire chose qui pourrait m’arriver. J’en ai une peur bleue, c’est indéfinissable.

      Le sang, c’est quelque chose qui s’échappe. Et c’est l’énergie vitale. En réalité, je n’ai pas peur du sang en tant que tel. J’ai peur du sang qui n’est pas à l’intérieur du corps. Tu vois ce que je veux dire ?
      Le sang de mes règles ne m’effraie pas, ne me met pas mal à l’aise pour un sou. Parce que c’est normal que je saigne, sur ce coup-là.
      Par contre, une goutte de sang issue d’une coupure, c’est le malaise assuré. Rien que d’y penser maintenant, je me sens mal. C’est la vie et la santé qui s’échappe et ça me semble irréparable. C’est l’unité du corps qui se fragmente.

      C’est associé à la douleur, la souffrance, la violence. Et quelque part à la mort aussi, tu as raison !

      Tu m’intrigues, tiens. Quel est ton rapport au sang ?

      « Nous sommes aussi la somme du reste. » Je crois que tu viens de me donner la clé !
      Oui, c’est vrai, nous sommes aussi la somme du reste … (je suis entrain de méditer sur cette phrase)

      En tous les cas, j’espère que tu as raison et que c’est aussi moi. C’est ce que je pense au fond, mais j’ai tellement peur que finalement ça ne soit pas le cas.
      Ca va mieux maintenant, mais cet épisode de doute m’a beaucoup bousculée. Je pense qu’il reviendra par vagues.

      • Melgane

        Moi, j’aime pas le silence (encore un avatar de la peur de la mort, je pense qu’on a tous plus ou moins le nôtre), et le type de mort dont j’ai le plus peur c’est la suffocation. La noyade ou le fait d’être étranglée, enfin tout ce qui concerne un empêchement de l’air pour entrer dans mes poumons, donc aussi enterrée vivante, suffocant dans une petite pièce sans oxygène, etc., etc., etc.

        Je vois tout-à-fait ce que tu veux dire et ça ne m’étonne pas du tout : le sang n’est pas censé être à l’extérieur du corps, on n’est pas censé avoir un contact visuel ou physique avec lui. Ma soeur non plus n’aime pas le sang, mais ses règles ne la dérange pas non plus. Je pense que, avant une considération consciente de « normalité » du cycle du corps, c’est surtout que le cerveau se protège ! Une femme craignant le sang qui serait aussi sensible au sang de ses règles passerait minimum 5 jours à tomber dans les pommes à chaque fois qu’elle irait aux toilettes : ce ne serait absolument pas viable. Une telle femme, d’ailleurs, ne serait sans doute jamais arrivée jusqu’à notre époque, car la sélection naturelle des premiers temps se serait chargée de la trucider pour le bien de l’espèce. Il est pas fou, le cerveau ! Et d’ailleurs, cette capacité de protection montre à quelle point de genre de peur est irrationnelle. Parce que normalement, une femme qui a peur du sang devrait tomber dans les pommes pendant ses règles. Mais le cerveau pose des garde-fous ; c’est donc qu’il est capable de se protéger de cette peur. Mais il ne le fait pas tout le temps.

        Je ne sais pas si je vais réussir à l’exprimer… disons que je ne crains pas le sang. Je m’arrache la peau des lèvres depuis gamine, je me mords aussi l’intérieur des joues, au sang, pour avoir du sang. J’aime son goût, son odeur, sa couleur. J’arrachais aussi la peau de mes tallons, la peau caleuse du pouce que je suçais, et je mets du sang sur la pâte de mon doudou (oui, un doudou à 22 ans… xD) depuis gamine pour pouvoir le sentir plus tard (pas du tout bizarre…). Quand je m’arrachais la peau à l’intérieur des joues j’avais aussi l’habitude d’aller le cracher sur le bord de ma fenêtre et d’étudier (expérience scientifique un peu dégueu) comment il séchait (autant te dire que maintenant quand je vois une tâche rouge dans la rue je peux te dire si c’est du vrai sang ou pas, je suis experte en la matière xD). Mais là où je dis que j’ai un rapport ambivalent c’est que… j’aime pas qu’on m’en prenne. Une fois j’ai eu une prise de sang. J’ai pas eu de problèmes à regarder le sang remplir les tubes. Par contre, quand l’idée m’est venue qu’ils m’avaient pris « tout ça », j’ai commencé à voir des feux d’artifices blancs devant mes yeux, à avoir très chaud, etc. Quand on m’a arraché les dents de sagesse et que ça a recommencé à saigner j’ai commencé à me sentir mal quand je me suis dit que ça s’arrêtais pas et que ça allait pas s’arrêter. J’ai aussi commencé à me sentir mal quand une amie qui a pas mal de problèmes de santé m’a parlé de ses prises de sang. J’aime pas les hôpitaux. J’aime pas qu’on me prenne du sang. J’aime pas que la science me prenne du sang (donc le dont du sang c’est mort, jamais j’en ferai !), j’aime pas le « corps-machine ». D’ailleurs, si un jour je suis dans le coma, je voudrais qu’on me débranche si la date de mon réveil est lointaine ou indéterminée (je l’ai dit à personne, faudrait que je m’y mette, on sait jamais…). Être branchée à tout un tas de trucs, être une machine, c’est pas possible… voilà. C’est un rapport au sang un peu bizarre… Je crois, mais il faudrait que je creuse, qu’il est aussi un moyen de « sacrifice humain » enfin… par exemple, quand je m’arrache la peau à la base des ongles et que ça saigne, mais qu’on m’appelle quelque part et que je ne peux pas « profiter » du sang, je suis déçue d’avoir « gaspillé » (j’utilise vraiment ce mot dans ma tête). Et en même temps j’aime pas que la science me pique mon sang. Donc c’est un peu bizarre… (déjà rien que le fait d’aimer le sang, c’est bizarre) (maintenant je suis estampillée folle-dingue xD)

        L’autre jour j’ai pensé à toi. Il y avait un épisode de Profilage et ça parlait psychogénéalogie. La fliquette-psy (je pense que les informations psychologiques de la série sont réalistes et que y a une vraie recherche là-dessus) disait qu’en psychogénéalogie ça servait pas à grand-chose de remonter au-delà de la 2ème ou 3ème génération. Du coup, si aucune femme de ces générations n’a eu le même rapport que toi à la maternité, c’est que c’est toi ! 🙂

        • Melgane

          Et puis, aussi, sur le sang, j’aime sa symbolique (qui elle aussi renferme une certaine ambivalence). Pour certains peuples de l’Amérique précolombienne, par exemple, le sang est un symbole de fertilité, et on s’en servait dans les champs lors de cérémonies. Les sacrifices humains ou auto-sacrifices permettaient d’échanger un symbole de fertilité (le sang) contre un autre symbole de fertilité qui est l’eau (la pluie). Il est la vie et en même temps il représente la mort (la peur du sang mais aussi les scènes de crimes représentées avec du sang giclant partout pour signaler la violence, ou simplement que le mec est mort sans que l’on voit son cadavre). Et puis, chose assez merveilleuse, enfin je trouve : le sang ne pourrie pas. Il est en quelques sortes immortel, enfin c’est comme ça que je le vois. Le sang ne pourrie pas. Et quand j’ai appris ça il y a quelques années j’ai trouvé ça absolument fascinant. Le sang permet aussi l’identité (pacte de sang, liens de sang, ADN…) et pleins d’autres choses encore que je devrais creuser. Le sang est objectivement symboliquement chargé et objectivement fantastique. (Et je suis objectivement complètement tarée… :P)

        • Rosa Vivante

          Et bien il y a eu une période où le sang de mes règles m’incommodait. Au plus fort de la phobie, c’était le cas et les passages aux toilettes étaient vraiment compliqués. Mais c’est vrai, je ne suis jamais tombée dans les pommes. Heureusement … !
          J’utilisais des serviettes. Ensuite je suis passée aux tampons, et pour ma phobie c’était génial. Je ne voyais ni ne ressentais plus rien !
          Quand je suis passée à la cup, les premiers mois ont été compliqués à gérer quand-même. Il fallait que je considère comme normal de perdre autant de ml de sang chaque jour. Finalement, cela m’a aidée dans ma phobie. Je peu voir du sang dans ce qu’il a de plus brut. Mais je suis pas bien là, de l’écrire. Mon cerveau se protège effectivement : quand je vide ma cup, je ne pense pas du tout au sang comme je l’imagine quand j’ai peur. C’est fou !

          Difficile pour moi de lire ton commentaire, du coup. Même si je le savais en demandant que ça me « dérangerait » de lire sur le sang ^^. Je suis maso !
          Le sang ne pourrit pas … Voilà qui alimente grandement les choses. Je n’y avais jamais songé mais c’est vrai !

          Il y a de quoi creuser, je pense, oui. Pour autant, je ne trouve pas que ce soit un comportement spécialement bizarre (donc je ne t’estampille pas folle-dingue ! ^^). On fait tous des trucs comme ça, qu’on avouerait pas, mais qui pourtant sont humains, je pense.
          Ca dit quelque chose en tout cas, c’est sûr !

          Dans la psychogénéalogie que je pratique, on remonte jusqu’à 7 générations. Pas plus. Mais effectivement, je pense que le plus gros du travail se trouve dans les générations juste au dessus. Pour moi ça a l’air d’être le cas, même si l’un des « problèmes » semble tirer sa source 4 générations au dessus de moi.
          Et c’est justement le rapport à la maternité. Je ne dirais pas qu’on a toutes les mêmes, mais la résultante EST la même : on est une famille de femmes sans enfants !!

          • Melgane

            Faut dire aussi que j’y ai pas mis les formes, j’ai tout raconté, j’ai pas été très tendre avec quelqu’un qui a peur du sang ! C’est pas toi qui est maso, c’est moi qui suis indélicate !

            Ben moi je trouve ça bizarre que tu ne trouves pas que ce soit un comportement bizarre 😛

            7 générations c’est déjà beaucoup, je trouve.
            Sur sept génération aucune femme n’a eu d’enfant ? Dans quelle branche ? (parce que si tu es là c’est que t’as une mère, quand même).

          • Rosa Vivante

            C’est vrai, je devrais t’en vouloir ! 😉

            Et bien, il s’agit d’une branche spécifique du côté de ma mère. Sur 10 femmes, nous sommes 5 à ne pas avoir eu d’enfant. Et celles qui en ont eu ce sont arrêtées à 1 ou 2 (alors qu’avant, on comptait des fratrie de 4, 5, 6 !). Et parmi les hommes qui descendent de cette lignée, 2 n’ont pas eu d’enfants non plus. Et quand j’interroge mon grand-père, il me dit qu’il n’était pas fait pour être père, mais comme c’était pas à lui de gérer la contraception (à l’époque, les mecs s’en foutaient) ben il en a eu quand-même … Et tadaaaam, me voilà !

          • Melgane

            Je pense qu’il y a une nuance avec le coup des « avant c’était 4, 5, 6 » parce que… il faut voir les dates, et le contexte culturel (famille chrétienne ? défavorisée ?) mais avant il n’était pas rare d’avoir de grandes fratries. Plus les femmes travaillent et moins elles ont d’enfants, c’est un fait. Plus une femme gagne d’argent et moins elle fait d’enfant, c’est un fait aussi. Aujourd’hui, une femme qui a « beaucoup » d’enfants est une femme chrétienne pratiquante ou une femme d’un milieu social défavorisé (en gros). Mais par exemple, ma grand-mère, du côté de ma mère, elle a eu trois filles et un garçons (bon, une portée de jumelles, pas de chance ! mais même sans ça, ça aurait fait 3). Tous ses enfants ont eu moins de 3 enfants. Ma mère en a eu deux, mon oncle n’en a pas, et mes tantes en ont deux et un. Y a aussi un effet de génération. Donc, on ne peut pas tout expliquer avec la psychogénéalogie ou du moins il ne faut pas mettre de côté, je pense, les facteurs socioculturels et d’Histoire. Après, ça ne veut pas forcément dire qu’ils ont un rôle à jouer là-dedans, mais ça veut dire qu’il ne faut pas les éluder complètement.

          • Rosa Vivante

            Bien sûr. J’ai failli le dire entre parenthèse (que je prenais en compte le fait qu’on fait forcément moins d’enfants maintenant) et puis je me suis dit que ça coulait de source, et j’ai eu la flemme ^^.

            Donc oui, je prends cet état de fait en compte dans mon analyse. Mais même comme ça, ça cloche.

            Tu as raison, une discipline ne peut de toute façon JAMAIS tout expliquer. D’ailleurs, la psychogénéalogie s’appuie énormément sur les facteurs socioculturels et sur l’histoire. C’est logique, ça marque les familles. Nous sommes de nombreuses familles à avoir exactement les mêmes problèmes, les mêmes règles, les mêmes loyautés. Parce que nous avons vécu à un moment T de l’histoire, tant telle et telle classe sociale.

            En tout cas, c’est passionnant, car c’est un travail à multiples facettes. A travers ça, on apprend aussi l’histoire de son pays, de sa région, et on comprend les bases de la sociologie (pour moi qui n’en ai jamais fait c’est parlant !).

  • maman délire

    rien ni personne ne peut t’obliger à avoir d’enfant. ce qui est très grave, c’est d’avoir un enfant alors qu’on en voulait pas. C’est de le faire pour rentrer dans cette espèce de normalité sociétale toute subjective. Oui ton père aimerait, parce que pour lui c’est émotionnel. voir un etre, un prolongement de sa propre vie, quelque chose qui le dépasse. ET pourtant quand on a des enfants on doit accepter leur choix de vie, c’est leur vie. ça ne correspond pas toujours ni même rarement à ce qu’on verrait pour eux. lâcher prise… que tu comprennes ou pas d’ou ça vient finalement, l’important c’est que tu ne fasses rien contre ton gré, et ça, ça n’est pas à toi que je vais l’apprendre…

    • Rosa Vivante

      Tu as tout à fait raison, comme d’habitude (mais c’est que tu es pleine de sagesse ! ;)).

      Je n’ai pas grand chose à ajouter, si ce n’est que même en sachant parfaitement tout ça, « ça » se bat à l’intérieur de moi.
      Il y a quelques mois, voire quelques semaines, tout était limpide, clair. Mais j’ai ouvert la boîte de Pandore familiale.

  • Kellya

    Ce que tu écris me touche profondément, j’ai des ressentis trés proches des tiens. Cela me fait du bien de réaliser que pour moi aussi, avoir un enfant, c’est grave. Je ne comprends pas que des gens me jète le sujet à la figure avec une désinvolture totale. C’est une décision intimement personnellle et tout sauf légère qui devrait etre respectée comme telle.

    • Rosa Vivante

      Ce sont les bons mots, Kellya.

      Comment faire entendre ça à ceux qui nous en parlent comme on parlerait du prochain repas ? Je n’ai toujours pas la réponse … Tu vois, même mon mari qui est sensibilisé pose ce genre de questions indiscrètes (et avec insistance) à ses amis. A chaque fois, ça me laisse coi.

      Pour lui, il n’y a rien d’indiscret ou de bizarre dans ce comportement. Il ne comprend pas pourquoi ça m’énerve que ses amis insistent auprès de lui pour savoir si j’ai changé d’avis et quand je vais m’y mettre …

  • Ornella

    Sacrée problématique que tu soulèves là. C’est marrant, moi, je suis la spécialiste pour faire des rêves horribles où je m’aperçois à 6 ou 8 mois de grossesse que je suis enceinte et que je suis coincée, que je n’ai aucune marge de manoeuvre et j’ai aussi ce questionnement de « comment je vais faire pour m’en sortir et m’en débarrasser ? » Contrairement à toi, je ne suis pas du tout hermétique à l’idée d’avoir un enfant. Je suis d’ailleurs très ouverte à cette idée. Y a des jours où j’ai très envie. Mais je suis une angoissée du déni de grossesse depuis toujours… Anyway, c’est intéressant tout ce que tu nous racontes au sujet de tes rêves.

    • Rosa Vivante

      Le déni de grossesse m’angoisse aussi. Chaque moi, alors que mes règles sont imminentes et que les tiraillements commencent, je pense qu’aussi bien je suis enceinte depuis des mois et que c’est le début de l’accouchement qui se déclenche … C’est une idée qui ne fait que passer, mais enfin c’est symptomatique.

  • Marie Kléber

    Nous entretenons tous des sentiments complexes avec certaines choses, certains évènements de nos vies Rosa.
    Avoir un enfant c’est un choix. Personnel. Tu as des doutes et c’est normal. Un enfant c’est une énorme responsabilité, je m’en rends compte tous les jours en regardant le mien. C’est une prise de risque, un pas dans l’inconnu le plus total.
    Pour ma part j’ai choisi de ne pas en avoir d’autre et pourtant parfois je ressens cela comme un manque. Ce n’est pas facile à exprimer, partager…
    Nul ne sait de quoi demain sera fait et quels seront nos choix, nos chemins. On avance vers ce qu’on croit juste et vrai pour nous, A un instant T.
    Je pense en effet que tes recherches font ressortir des choses, des troubles. Tu les extériorises en cauchemars…
    Des pensées Rosa.
    Quand aux gens qui jugent il y en aura toujours. Il faut tant que faire se peut les ignorer et rester attentive à ce qui fait sens au plus profond de toi. Et si un jour tu devenais mère, ce serait là aussi un choix…

    • Rosa Vivante

      C’est drôle, je n’appelle pas mes rêves des cauchemars. Ca me pose question : sont-ils des cauchemars ?

      J’ai l’impression que c’est aussi beaucoup moi qui me juge. Finalement, je vois peu ceux qui me jugent. Mais je passe des heures à inventer les conversations dans ma tête à ce sujet … Comme si je me sentais persécutée alors que dans les faits, je ne le suis pas. Je prépare les réponses, les énervements, la lutte.
      Ce comportement dit quelque chose, mais je n’arrive pas à m’en défaire.

      Je ne suis pas tranquille.

      Ces contradictions ne sont pas faciles à exprimer, c’est vrai. Nous verrons où la vie nous mène.

  • Lola

    J’avoue il y a quelque chose qui m’échappe, ce n’est pas comme si tu disais que tu étais atteinte d’une grave maladie et que tu ne voulais pas te soigner (et encore… chacun est libre de faire ce qu’il veut même si c’est dur pour l’entourage, bref) mais un enfant? En quoi ça changera le monde que tu aies un enfant ou pas? Ok, « avant » avoir un enfant voulait dire « survie de l’espèce » (il y a très très longtemps hein) mais aujourd’hui? Ce n’est absolument pas contre toi, je suis juste révolter par cette « pression » d’avoir un enfant, cette « obligation de se justifier » si jamais on n’en souhaite pas. Si tu as envie d’en parler de cette non-envie d’être mère, je comprends tout à fait et parle-en autant que tu le souhaites mais si c’est pour se justifier parce que tu ne veux pas d’enfants, pourquoi? J’ai plus de 30 ans, j’adore les enfants et c’est vrai que si je rencontre quelqu’un de bien avec qui fonder une famille (qui pour moi ne veut pas forcement dire avoir des enfants, on est aussi une famille à deux!), pourquoi pas? Mais je n’en ressens pas le besoin, en fait, je m’en moque, enfant ou pas, l’important c’est d’être heureux et d’avoir la vie que l’on souhaite vivre.

    J’espère que tu n’as pas mal pris mon message car ce n’était absolument pas le but, j’adore te lire (je te lisais avant) <3 <3 <3

    • Rosa Vivante

      Bonjour Lola 🙂

      Non, je ne le prends pas mal !

      Toute la complexité de la question, c’est justement que ce choix de ne pas en avoir entre en contradiction avec tout le reste dans ma vie : mon éducation et celle de mon compagnon, notre entourage, la société en général, mon état de femme, ma « personnalité » (plutôt ce que les gens en perçoivent), mes conditions de vie (mariée, deux CDI, une grande maison, un chien : tableau idéal) …

      En fait, je crois que ça aurait été plus simple si j’avais choisi d’être vraiment hors système pour tout. Mais là, je suis « dedans » sauf pour ce sujet-là. La pression est très très forte. Quand je dis que je ne veux pas d’enfant, les gens tombent littéralement des nues et leur réaction d’incompréhension et de rejet est parfois d’une violence … !

      A cela se combine le fait que j’entre dans l’âge fard. C’est maintenant que tout se joue. Et que cette histoire de non-maternité est récurrente dans ma famille : l’une des branches s’éteint littéralement. Ca vient de quelque part, et on se débat tous plus ou moins avec ça. … Ca me travaille beaucoup ces dernières semaines.

      Merci pour tes mots, je t’embrasse !

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