Corps et esprit

Vers une sexualité consciente.

J’inaugure aujourd’hui le troisième grand thème de cet espace : le rapport au corps. Il était déjà présent sur mon espace précédent, je vous ai longuement parlé de ma sexualité, de mon corps, de mon avancée vers l’acceptation et le bonheur de vivre DANS son corps « pour de vrai ». Je vais continuer. La sexualité, les organes sexuels, y seront donc souvent abordés.

Attention, il n’est pas question pour moi d’ouvrir une catégorie « sexo » conventionnelle. Si cette catégorie s’appelle « corps et esprit », ce n’est pas pour rien. J’associe le corps et ses pratiques – qu’elles soient sexuelles, sportives ou autres – à l’esprit, à l’âme, et à la spiritualité. Ici, nous allons redécouvrir la dimension sacrée de nos corps, et cheminer vers toujours plus de conscience à soi, aux autres, aux mondes.

La sexualité conventionnelle, celle qu’on a tous connue :

On appelle sexualité conventionnelle cette pratique qui consiste à avoir des rapports sexuels dans le but d’avoir un orgasme. C’est la sexualité que nous pratiquons tous au moins un certain temps. L’excitation est soulevée grâce à des artifices de type : vêtements, bijoux, objets, visionnage de scènes érotiques voire pornographiques, imagination, rêves etc. Cette excitation génère une tension sexuelle qu’on souhaite assouvir (aussi délicieuse soit-elle) par l’orgasme. L’orgasme est le but de la pratique, le sésame à acquérir. Il permet de relâcher la tension et d’entrer en relaxation grâce à une superbe décharge. L’acte sexuel en lui-même est plutôt rapide, et concentré sur le futur : l’espérance d’atteindre l’orgasme, de jouir pleinement.

Attention, je ne suis pas entrain de dénigrer cela, ni d’insinuer que c’est une mauvaise façon de faire ou qu’elle est « moins bonne que ». Je dis simplement que c’est la façon de faire la plus répandue.

Dans le cadre d’une relation amoureuse s’ajoutent à cela les sentiments qu’on éprouve à l’égard de son/sa partenaire, l’expérience que l’on fait à deux, l’intimité, l’apprentissage et la connaissance de l’autre… Or, lorsqu’une relation dure dans le temps, il arrive que tout cela se tarisse pour laisser place à une sexualité plus routinière, mise en place pour assouvir les besoins du corps plus que pour dire « je t’aime » et continuer à se découvrir. C’est l’un des constats qui sert de porte d’entrée à la sexualité consciente.

Mais alors, qu’est-ce que la sexualité consciente ?

Démystifions la chose : nous vivons tous une forme de sexualité consciente au moins une fois. En général, nous l’expérimentons aux débuts d’une relation amoureuse. A ce moment-là, alors qu’on est pleinement amoureux et passionné, l’orgasme n’est plus le but de la relation sexuelle.
Les buts sont multiples :

  • Découvrir le corps de l’autre : apprendre son odeur, la texture de sa peau, ses formes, sa respiration, ses mouvements, son goût …
  • Découvrir l’autre : ses postures préférées, comment elle (la personne) aime être touchée, caressée, manipulée, comment elle pense le sexe, ses fantasmes, ses désirs …
  • Montrer l’amour qu’on ressent et ressentir comme on est aimé : on est dans l’émotion, dans le sentiment, dans la magie de cette expression mutuelle qui n’est pas centrée que sur les plaisirs physiques
  • Se découvrir : on se laisse aller à de nouvelles formes de plaisir dans les mains de l’autre, on découvre aussi de soi

En général, les premières fois (étalées sur les premiers mois de la relation amoureuse) durent longtemps. On est enclin au test, à l’expression pleine et entière de soi. On ne se formalise pas si on n’a pas atteint l’orgasme, car ce n’est pas le plus important : la pratique recèle d’autres niveaux de sensations. Surtout, on est dans le présent, tout entier à ce qu’on ressent physiquement et mentalement à l’instant T. On est absorbé, on ne se projette pas sur « l’orgasme final ».

Et bien, la sexualité consciente, c’est ça. L’ouverture totale de soi à soi, de soi à l’autre dans l’instant présent. C’est une qualité de présence aimante exceptionnelle, les cinq sens en alerte, avec cette idée d’honorer les corps (le sien et celui de l’autre) et les sexes. C’est célébrer l’union qu’on crée.

Rien de très sorcier, à première vue ! Mais qui peut se targuer de réussir à sauvegarder cette qualité d’être au fil des ans et surtout, de s’en rendre compte ? S‘il est normal que la sexualité aie des phases hautes et basses, prolifiques et stériles, il serait dommage de se laisser dériver totalement. On explique souvent que la baisse de libido est proportionnelle à l’âge. La sexualité consciente explique que c’est une fausse croyance, un leurre. Ce serait même l’inverse en réalité … !

La sexualité consciente n’existe pas pour imposer une nouvelle norme sexuelle avec obligation de résultats et de performances.

Elle est justement là pour enrayer tout le stress et l’appréhension que peuvent engendrer les pratiques sexuelles quand la libido et l’envie ne sont plus au rendez-vous. On l’appelle aussi la Slow sexualité, ce qui laisse entendre toute la part de douceur et de compréhension qu’elle contient.

Il n’y a pas d’objectif à atteindre : la relation sera « bonne » qu’il y ait un orgasme ou pas, une pénétration ou pas, de la masturbation ou pas. L’idée, c’est de prendre du temps pour soi et pour son couple. Dans un premier temps, on peut simplement s’installer confortablement, en face à face, et parler. Se masser sans toucher aux zones érogènes, se caresser juste les bras, rester habillé … Peu importe.

Quelque chose à voir avec le tantrisme ?

Oui, la sexualité consciente est une voie apparentée au tantrisme (que j’introduirais plus tard). Le tantra repose sur la dimension sacrée de nos organes sexuels. La Yoni (le sexe féminin) est considérée comme la source de toute Vie, la porte vers le Grand Mystère. On l’honore donc tout comme on honore le sexe de l’homme pour d’autres raisons.

La slow sexualité considère l’amour comme la base de toute chose. On fait l’amour quand on pratique le sexe, c’est pour cela qu’on va cultiver l’amour au quotidien et que cet amour engendrera un retour/une expansion de libido. L’excitation n’est plus basée sur des artifices : ils sont des « + » pour s’amuser et découvrir, mais certainement pas la base de l’envie.

Pour cultiver cette envie, la sexualité consciente nous enseigne comment inonder le coeur de l’autre. Quand on aime, quand on se sent aimé, on se rapproche. La sexualité consciente nous enseigne qu’elle est présente à chaque instant de vie, et pas seulement dans le lit lorsqu’on s’unit physiquement. Nous faisons l’amour tout le temps, en préparant le repas ensemble, en riant devant un bon film, en offrant un présent à l’autre, en lui racontant sa journée de travail … etc. Il suffit de le savoir, de s’en rendre compte.

Avec la pratique du tantrisme, on libère la circulation de l’énergie sexuelle, la Kundalini (ce que le yoga permet aussi). Cela provoque une profonde révolution de l’être. C’est une voie spirituelle à part entière.

La sexualité : une voie spirituelle

De nombreux mouvements considèrent la sexualité comme une porte d’accès à la spiritualité. Le Tantra en Inde, le Tao en Chine, le Chamanisme en Amérique … nous décrivent à chaque fois comment une sexualité épanouie et consciente ouvre nos centres d’énergie et déploie nos forces créatrices. Il y a quelques mois, j’avais du mal à saisir ce qui se cachait sous le concept de féminin sacré systématiquement rattaché à la créativité. Il me semble dorénavant avoir saisi, bien que ce soit difficile à expliquer : ça s’expérimente et se ressent plus qu’autre chose. Pour ma part, le concept s’est matérialisé en réalité.

Plus on s’approche d’une sexualité épanouie, plus on a confiance en soi, plus on crée, plus on résonne avec le reste des mondes. C’est un cercle vertueux qui nous élève jour après jour. L’énergie sexuelle est la force première de notre être, elle est bénéfique, saine.

Ce n’est pas évident à appréhender, surtout avec les principes moraux et religieux encore très présents dans les éducations que nous donnons et recevons. Si elle nous permet de grandir spirituellement, comment expliquer que certaines religions la blâment avec autant de zèle ? A chacun sa réponse ! Les maux dont souffre notre société sont pour beaucoup dus à une mauvaise gestion de la sexualité. Si on considère l’énergie sexuelle comme présentée précédemment, on peut rapidement comprendre qu’une éducation sexuelle de qualité changerait pour beaucoup la face du monde et de nos vies …

La sexualité consciente, c’est un magnifique outil de reconnection qui permet d’ouvrir des portes jusque là insoupçonnées à ceux qui la pratiquent. Cela me parle infiniment. Je suis en apprentissage constant, dans la bienveillance et l’amour. Qu’en pensez-vous ? Envisagez-vous la sexualité de cette manière ? Cela vous attire-t-il ?

Rosa

Post Scriptum : L’article se penche plus particulièrement sur la sexualité dans une relation de couple « classique », tout simplement parce que je parle de ce que je connais. En aucun cas cet article ne se veut discriminant envers la multitude de relations et de pratiques possibles. Le sujet – la sexualité consciente – peut s’intégrer dans n’importe quelle combinaison. A bon entendeur … ! 😉

9 commentaires

    • Rosa Vivante

      Wahou, génial !

      Tu me diras ce que tu en as pensé, je ne connais pas cet ouvrage. Tu comptes donc t’y mettre ?

      Tout pareil, le yoga que je pratique au quotidien depuis 6 mois maintenant est une vraie panacée. La révélation aura vraiment été ma retraite de yoga en juillet. Si tu peux te le permettre, je te recommande d’en faire une une fois dans ta vie. C’est une expérience transcendante, bouleversante.

      Un voyage magnifique, c’est vrai. Qui n’en est qu’à ses balbutiements !

      • Kellya

        J’en ai déjà lula moitié, et je le trouve vraiment très bien. J’en ai lu quelques passages à voix haute à mon chéri, ou alors je lui fait lire des passages. On a fait les premiers essais et ca change tout! Du coup chéri veut le lire en entier aussi dés que j’aurais fini, pour bien comprendre aussi 🙂
        Ils vont aussi des stages pour couples qui ont l’air incroyable, meme si j’ai du mal à imaginer partager ces devouertes avec des inconnus… (dit la fille qui est en train d’en discuter sur internet… vive les contradictions!)

        • Rosa Vivante

          Oh génial, c’est vraiment chouette si en plus il est réceptif et intéressé !

          Oui, je sais pour les stages, mais pareil, je me verrais mal faire des découvertes entourée d’autres couples. Et je sais d’avance que ça ne botterait pas du tout mon conjoint ! Néanmoins ça me laisse curieuse …

  • Elisa

    Merci pour cet article! Ta façon de décrire la sexualité consciente me semble tellement logique, naturelle et pourtant, elle ne l’est pas dans notre société. Connais-tu Elisa Brune? Une auteure belge (décédée récemment malheureusement) qui s’est beaucoup penchée sur la question.

  • Marie Kléber

    « Si on considère l’énergie sexuelle comme présentée précédemment, on peut rapidement comprendre qu’une éducation sexuelle de qualité changerait pour beaucoup la face du monde et de nos vies … »
    Je ne peux qu’être d’accord avec toi sur ce point! Et le monde en aurait bien besoin!

    J’aime énormément ton article que je trouve très intéressant et bien expliqué.
    Réduire la sexualité d’un couple à l’orgasme est triste. Il y a tant de portes, tant d’expériences, tant d’approches de l’autre, tant de façons de se découvrir, à deux.
    Il y a des jours où pour moi faire l’amour s’apparente à une méditation. Être dans l’ici et maintenant, loin des contraintes du monde, s’abandonner à l’autre en toute quiétude, sentir nos énergies se mélanger et insuffler un nouveau souffle à ce temps passé, partagé à deux.
    L’orgasme n’est pas une fin en soi, ou alors on perd l’essence, l’essentiel, de cette rencontre.
    Un câlin par exemple a une force sans pareille!!

    Merci Rosa et belle journée à toi

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